lundi 10 mars 2008

UIMM ou UIMM pas? Même pas y t'aime. PART II


Je vais donc achever ce post (en 2 parties) sur le thème "mais pourquoi les ennemis de mes ennemis ne peuvent pas devenir mes amis"...
Après avoir rappelé les envolées boutinesques qui ont privé les opposants au PACS de toute voix au chapitre, pour pouvoir présenter des arguments plus rationnels que passionnels, je voudrais parler de deux autres exemples.
Je vais donc aborder le cas récent de l'UIMM. Syndicat patronal héritier des maîtres des forges. Voici donc l'organigramme de la section du Bas-Rhin de l'UIMM. Il permet de mieux comprendre l'implication de l'UIMM au sein du MEDEF (ex CNPF pour les très vieux lecteurs)


Cette crise est symptomatique de l'absence de réel dialogue social en France. Pour moi, les torts sont partagés.

D'un côté, une branche du patronat qui n'a jamais su réellement s'adapter aux mutations sociales pour admettre des concessions. Avec parfois des Patrons qui pensent toujours comme s'ils vivaient en 1903, et qui agissent comme tels : "de toute façon, ces sales bolcheviks veulent la révolution et nous priver de notre bien"

De l'autre côté, des syndicats non réellement représentatifs de la population des travailleurs vu la faible syndicalisation en France. Avec parfois, des représentants syndicaux oublieux du désastre soviétique et qui pensent que le Patronat est là "pour leur tondre la laine sur le dos" sans envisager un seul instant que le patron est aussi là pour garantir la pérennité de son entreprise.

Et surtout entre les deux, deux partenaires incapables de se faire suffisamment confiance pour engager un dialogue constructif. Deux partenaires incapables de se mettre d'accord pour adapter le tissu socioéconomique français aux mutations et aux exigences internationales d'ultracompétitivité. Pourtant, en un siècle, la structure du capitalisme a évolué d'un capitalisme industriel vers un capitalisme financier. Il serait temps que les deux parties admettent cet état de fait plutôt que de chercher à en tirer davantage de profits ou de chercher à y mettre fin.

Plus de la moitié des entreprises du CAC40 sont majoritairement contrôlées par des capitaux étrangers. Ce qui donne en schématisant : soit des investisseurs individuels issus du décollage des économies asiatiques (Mittal prenant le contrôle d'Arcelor), soit des fonds de pension du monde anglo-saxons qui ont pour objectif d'alimenter les retraites des flics de LA ou des pompiers de NY(Michelin détenu à 65% par des institutionnels étrangers). C'est un fait.

Si la France ne veut pas devenir l'Albanie des années 50 (pour mémoire qui vivait en autarcie autoproclamée et où les habitants, faute de bouffe s'étaient remis à bouffer des glands) et si elle entend respecter la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, elle ne peut remettre en cause la propriété privée et par voie de conséquences, doit s'adapter aux impératifs liés à la mondialisation.

En gros, (énorme schématisation à suivre) pour trouver un point d'entente entre patronat et syndicats français revient à essayer de faire se toucher deux lignes parallèlles :

  • l'une qui veut que l'entreprise dégage le maximum de bénéfices pour satisfaire les actionnaires en leur distribuant des dividendes et leur assurant une lente réévaluation de la valeur de leur capital investi.
  • l'autre qui veut que les travailleurs gagnent le plus possible d'argent, tout en allégeant le plus possible le temps de travail.

La masse salariale d'une entreprise est devenue la seule variable permettant de réaliser des ajustements circonstanciés.En effet, il n'y a pas ou plus de moyen de réduire les autres coûts de fonctionnement, tels que l'énergie, les matières premières, les investissements en machine-outils, les pièces détachées.

Le tassement des gains de productivités a donc condamné "la masse salariale" à demeurer l'un des rares bras de levier des directions d'entreprises pour réduire leurs coûts et accroître leur marge.

Dans le même temps, le temps de travail individuel est devenu en France le dernier axe d'amélioration des conditions des salariés. Ne parvenant pas imposer des hausses salariales car la France n'est déjà plus concurrentielle depuis longtemps sur le coût horaire d'un salarié, Lionel Jospin et ses sbires (Martine Aubry) ont eu la très judicieuse idée d'imposer des réductions du temps de travail légal hebdomadaire. Ce qui a gelé pour un bon moment tout espèce d'augmentation significative dans le monde du travail.

Et pire que tout, les 35H ont mathématiquement gonflé de 11% le coût horaire du travail en France. Puisqu'en travaillant 4H de moins, les salariés conservaient un salaire identique. Ce qui est complètement naturel. Qui oserait demander à un smicard en situation de précarité de se priver de 10% de ses 1000 € mensuels? Cette mesure démagogique a eu bien plus de portée que les socialistes ne le pensaient. En dehors de quelques sympathisants de théories économiques libérales, bien peu de membres du PS se sont élevées contre le projet de loi ou ont publiquement exprimé leur souhait de voir la loi abrogée depuis.

Mais passons, ce post ne porte pas sur le PS mais sur l'UIMM. Mais il était important de situer le contexte. L'UIMM est l'héritière de la part du patronat la plus hermétique aux réformes. En gros, une vieille tradition du patronat était de disposer de fonds de secours utiles en période de crise.

D'une part, lorsque l'une de sociétés ne peut continuer à produire, livrer ses clients parce qu'elle est confrontée à un débat social qui a amené ses salariés à cesser le travail... ces fonds permettent de faire face aux échéances incompressibles (crédits; impôts).

D'autre part, comme nul homme n'est parfait, les "stratèges" de l'UIMM ont compris que plutôt que de payer les 15% d'augmentation réclamés à tous les grévistes, il était souvent plus efficace et moins coûteux de graisser la patte des représentants syndicaux en leur proposant des primes individuelles de 30% ou des participations aux fonds de soutien des centrales syndicales.

Au final, ce genre de pratiques est aussi irresponsable sur le long terme que les blocages destinés à "protéger" les acquis sociaux. On aboutit vite à un dialogue de sourds.

Voilà pourquoi je m'emporte contre l'UIMM. Je pensais le patronat français plus conscient des nécessaires réformes dans les mentalités que la France devait opérer. En fait non. Ce genre de manoeuvres, tôt ou tard, dans nos sociétés de la "transparence", allaient finir par être rendues publiques. Et il faut être de beaux irresponsables pour s'enliser sciemment dans des bourbiers pareils. Comment voulez-vous dès lors poursuivre le train de réformes nécessaires pour remettre la France au taff, pour atténuer les décalages de croissance avec les pays qui bossent réellement?

D'un côté, un patronat soupçonné de détourner les négociations sociales, et de l'autre, des syndicats soupçonnés d'en croquer. Comment l'UIMM aurait-elle pu mieux alimenter la théorie du "Tous Pourris"?

Au final, cela me rappelle les combats politiques de mes années d'étudiant. Beaucoup trop à droite pour le cercle Pierre Mendès-France, beaucoup trop iconoclaste pour le comité Charles De Gaulle. Quelle belle époque de vaste incompréhension!!

Etudiant dans une école favorisée, nous n'avions pas ressenti le même besoin de rejoindre un mouvement de grèvesans débat interne. Inutile de préciser que la grande majorité des élèves n'étaient pas des fans du libéralisme économique mais plutôt de grands fans de la CNT. Le débat estudiantin avait porté sur notre adhésion ou non au mouvement national. Comme d'habitude, les micros et l'estrade pris d'assault pas mes amis guévaristes aux cheïchs "arafatiens" et le vote avait porté sur :

SOLIDARITE OU INDIFFERENCE???

Franchement, dans le camp d'en face, il y en avait des bons dans l'art de l'AgitProp... En gros, quoiqu'il arrive, si tu votes pas la grève, t'es un connard drapé dans son indifférence. Avant même de pouvoir présenter le moindre argument, la condamnation morale tombait. Mais là encore, leur "camp" faisait son boulot.

Là où le désastre fut parfaitement achevé, c'est quand je vis les membres du Comité Charles De Gaulle se lever, "préférant le boycott à une mascarade de vote" lors de l'AG.

Bilan, impossibilité de se faire entendre quand on n'avait pas boycotté mais qu'on voulait dire que sans être indifférent au sort des autres étudiants, on était opposé à la grêve pour les motifs qu'elle dénonçait.

Finalement, on n'est trahi que par ceux de son "propre camp".

1 commentaire:

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