Pourquoi ai-je mis "hétéropride"???
Au risque de passer pour LE soutien sectaire et ultra-conservateur de Christine Boutin, j'ai commencé par indiquer cette caractéristique en réaction à certains profils rencontrés sur le oueb 2.0....
Visiblement, il est de bon ton d'afficher ses orientations sexuelles. Fut un temps, il aurait été jugé inconvenant de rentrer dans ce genre de détails car contraire à la notion d'intimité rattachée à la vie privée.
Depuis les sombres heures de la sinistre administration de Vichy, les appartenances politiques, religieuses, ehtniques (etc...) ne devaient pas faire l'objet d'un déballage en place publique pour ne pas retrouver cette fameuse tendance au fichage généralisé de certaines catégories de Français. Juifs, communistes, franc-maçons, homosexuels ayant payé un lourd tribu à la collaboration vichyste, la France est devenue le seul pays de l'OCDE à ne pas disposer de statistiques démographiques officielles en matière d'ethnies, d'obédience religieuse etc...
De fait, cet "intégrisme" du dogme du non-fichage ne convient pas à certaines fractions de la population (je n'aime pas le mot communauté car segmentant) car elles considèrent souffrir d'une sous-représentation dans la vie politico-médiatique.
Et là, je coince... Non pas tant que le CRAN souhaite avoir le droit de compter ses troupes potentielles. Mais le motif de ce comptage me gêne. De même quand l'UOIF estime que les Français de confession musulmane sont exclus, elle souhaiterait pouvoir s'affirmer comme représentant une communauté dont le nombre est précisément quantifié.
De fait, tout le but de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, de l'absence de distinction entre les citoyens réside dans la farouche volonté de rompre avec une histoire de classes sociales et surtout de catégorisation de la société. Noblesse, tiers-état, clergé... Cathos, protestants, juifs...
L'objectif était de ne plus compter que des Français. La France a tiré les conséquences de l'affligeante Affaire Dreyfus.
Le retour aux communautarismes me dérange. Non pas que je considère illégitime d'entamer une lutte pour briser des inégalités de fait. Dans un pays où tout va bien (ou presque), ce genre de "catégorisation" des Français ne pose pas de problème. Mais dans les temps de crise, et ce depuis l'apparition des "têtes de turc" et autres "bouc émissaires", la nature humaine a la fâcheuse tendance à rechercher des responsables expiatoires... brûlés dans les autadafés, ces "responsables" ont toujours été désignés pour leur appartenance à une communauté. Par "temps de crise", je ne pense pas à des périodes d'inflation ou de chômage... mais bien davantage à des occupations consécutives à de lourdes défaites.
La longue Histoire troublée des Juifs d'Europe atteste de ce besoin de trouver LE coupable idéal. La peste noire ne pouvait pas avoir été ramenée dans les calles des navires vénitiens... "tiens, mais ce doit être à cause des juifs" ont pensé nos prédecesseurs européens. Voilà les bouc émissaires idéaux !!! Mettons donc leur tout sur le dos. Au moins, nous ne ruinerons pas le commerce vénitien.
Le CRAN, l'UOIF, voilà des officines qui veulent bénéficier d'une audience et d'une représentativité supérieures à la réalité de leur nombre d'adhérents ou de sympathisants. Réduire les Noirs (ou les musulmans) et leurs aspirations à des préoccupations communautaires me paraît dangereux et surtout abusif. Il n'y a pas de communauté "Noire/black/de gens de couleur" en France. Mais il y a des individus qui potentiellement partagent quelques angoisses quant aux origines de discriminations dont quelques uns souffrent au quotidien. Vous allez me dire que je joue sur les mots.
En fait, non, je ne joue pas sur les mots. Admettre l'existence d'une communauté noire serait réduire ces Français à leur couleur de peau en niant leurs propres différences entre les personnes issues de l'immigration africaine et les citoyens des DOM/TOM. En dehors d'un derme plus foncé que pour les "caucasiens/gaulois", qu'ont en commun un Français d'origine angolaise et un martiniquais? Rien d'autre que la nationalité française...
La pollution "intellectuelle" des autres modèles de démocratie est en train de réduire à néant les spécificités du modèle universaliste français. Il n'est certes pas parfait, mais aucune démocratie n'est parfaite. C'est, comme disait l'autre, "le moins mauvais des régimes". Mais à force de considérer que nous avons une représentation nationale non-représentative du peuple... d'aucuns voudraient un parlement/pannel de français. X% de femmes, X% d'ouvriers, X% de juifs, X% de cathos, X% de musulmans, X% de noirs, X% de musulmans, X% de profs, X% de fonctionnaires.... Puis X% de LCR, X% de FN....
Bref, c'est le retour à une 4° République, mais en plus pourrie... Car au-delà de la majorité introuvable à la chambre, en raisons de dissensions d'appartenance à une myriade de partis politiques, les parlementaires se positionneront en plus en fonction d'appartenances catégoriello/ethnico/religieuses.
Déjà que la France est l'une des démocraties les plus diffiles à gouverner. Car l'opposition parlementaire ne dispose pas de beaucoup d'outils ou instruments pour intervenir dans l'élaboration des lois et la conduite du gouvernement. Comme le débat démocratique réside seulement dans le dépôt d'amendements et de motions de censure... Dès lors qu'un gros projet de loi arrive, qu'il ne suscite pas l'adhésion d'une catégorie de Français : MANIFS bloquant l'ensemble de l'économie.
Nous voilà donc devant l'antidémocratie où la minorité l'emporte sur la majorité. Si on éclate encore davantage la population en catégories, sous catégories, communautés etc....... les pavés des rues de Paris vont s'user sous les godillots des manifs quotidiennes.
"Ma retraite à 50 ans, je ne veux pas l'abandonner"... " je veux que ma fille et ma femme ne croisent pas de médecins masculins à l'Hopital" ... " je veux plus de gens de ma couleur ou de ma confession à la télévision"..... " il y a trop de juifs dans les médias"...
Voilà les slogans que l'on risque d'entendre quotidiennement si la France continue sa dérive communautariste. Et de fait, les ghettos ne seront plus l'héritage d'une Histoire récente de la France, qui cherchant à loger les immigrés nécessaires à sa croissance économique, a construit des villes nouvelles et de grands ensembles immobiliers inhumains. Comme tout temporaire destiné à être remplacé, il a perduré...
Mais il faut revenir à l'apparition des premiers ghettos en Europe pour comprendre que des accidents historiques ont modelé des centres urbains propices au développement de l'antisémitisme. Ces mêmes centres qui ont facilité le rassemblement et le convoyage "scientifique et industriel" des juifs pendant la Shoah.
Dans l'Europe médiévale, l'Empire Ottoman, l'apparition des premiers quartiers juifs ("mellah") se justifiaient par le nombre réduit de pas/foulées que ne peut dépasser un juif pendant Shabbat. Si je me souviens bien de mes lectures, une distance de l'ordre du Km était le max pour atteindre la Synagogue. Par la suite, cela permettait soit de les cantonner dans un quartier pour concentrer les professions et les corporatismes (prêt d'argent puisque l'usure était interdite aux catholiques etc...); soit de les enfermer dans un périmètre restreint destiné à faciliter leur "protection" par les autorités (l'évêque du coin, le seigneur ...). Puis cette organisation a facilité également les pogroms... Demandez aux Nazis. Ils furent ravis de ne point avoir à courir dans tout Varsovie pour rafler les juifs. Ces derniers étant quasiment tous rassemblés dans le ghetto.
De la même façon que les centres urbains étaient organisés par profession (rue des tapissiers, des bouchers, des forgerons etc...), ils ont organisé l'implantation d'une communauté qui se trouvaient en marge : les Juifs. Nous parlons là d'un temps où les notions de citoyenneté et de nationalité n'existaient pas. Où les flux migratoires demeuraient restreints... La plupart des individus étaient avant tout des sujets : sujets du Roi de France, sujets du Pape dans le comtat vénaissain, ou encore sujet du Saint Empire Romain Germanique. La souveraineté d'un pays était détenue entre les mains d'un seul homme. Et bien sûr, les juifs avaient un statut spécial. Ils étaient les Juifs du Pape à Carpentras, ceux du Roi de Prusse à Berlin... mais ils n'étaient pas "sujets", ou plutôt rarement.
Avec les Lumières, Mendelshonn, la Révolution Française et le Consulat, la souveraineté a changé de mains pour se retrouver partagée par des citoyens. Simultanément, le statut des Juifs se voit bouleversé pour se voir proposer, ici ou là, d'obtenir la nationalité et/ou la citoyenneté.
Mais la Loi le Chapelier qui interdisait les corporatismes n'a pas permis de rompre avec les organisations urbaines déjà établies... Pour Paris, jusqu'à Haussman et ses grands travaux, les Juifs se concentraient/ étaient concentrés dans des quartiers bien définis.
Mais les ghettos ne sont pas seulement juifs. Dans tous les pays où les appartenances communautaires n'avaient pas été supprimées par l'Histoire, des quartiers d'habitation ont regroupé les populations de personnes que l'on souhaitait marginaliser, écarter de la communauté principale... En gros, avant d'intégrer ou d'assimiler les flux migratoires, avant de devenir des italoaméricains, des américains d'origine chinoise, l'Amérique "facilitait" l'accueil des flux migratoires en les accueillant dans des "sas" où il retrouvait un petit bout des traditions et du mode de vie des pays d'Origine.
Boston et ses quartiers Catholiques Irlandais, New York et sa little Italy, son Chinatown, son quartier "allemand", puis "Harlem" majoritairement composé de "noirs émancipés", "Brooklyn et sa communauté juive".
ET le Royaume Uni n'échappe pas à cette règle. Avec ses quartiers pakistanais ou indiens. Des professions qui leur sont "réservés" ou plutôt auxquelles ils sont cantonnés par les Britanniques.... Toi tu tiendras un pressing, toi, tu feras des frites pour les Fish&Chips...
Comme certains communiquants ont voulu faire passer l'idée que ces pays accueillaient mieux les Musulmans que la France en étant moins rigides sur le voile, la laïcité, sur les trubans sikhs ou autres... Certains Français ont voulu importer ce modèle de gestion de la migration. Hélas, c'était bien vite oublier que ces pays "n'intègrent" pas. Pas ou peu de mariages mixtes, pas ou peu de possibilités de profiter d'un "ascenseur" social, si ce n'est en étant "positivement" discriminé comme étant un "Afroaméricain", et à qui on offre une bourse d'études. Sans cette bourse pour bon niveau sportif, forte implication dans la vie associative de son lycée, point d'opportunité de s'extraire de leur condition et milieu d'origine... L'université Française a des défauts. Elle ne forme pas assez notre jeunesse à des métiers clés en main... Mais au moins, elle demeure ouverte à tous. Et même si les frais d'inscription augmentent, une année à la Sorbonne ne coûte pas encore 30K€....
Même dans la très cosmopolite New York, avant de se considérer comme des citoyens américains, au moment des choix de vie (profession, mariage etc...), les Newyorkais se voient d'abord Juif, Afroaméricain, Portoricain, Baptiste ou Catholique. Voilà le terreau pour la conservation et/ou le développement de vrais ghettos...
Si d'aventure, nous venions à chercher à copier ce modèle, nous n'aurions plus de Français en France. Mais des citoyens d'origine maghrébine, malgache, comorienne, martiniquaise, guyanaise... Des populations qui ne se distinguaient (qu'on ne distinguait) plus comme étant des Polaks, des Ritals, des Portugais devront à nouveau se recroqueviller vers leurs particularismes identitaires.
Ainsi, à mon tour, je me livre à ce ridicule sectarisme en affichant mes orientations sexuelles et en affirmant en être fier. Mais que personne ne se méprenne. Il s'agit d'une caricature du communautarisme LGBT..... "Gaypride"... finalement, c'est aussi con que "hétéropride".
Qui sait, je vais peut-être un jour ajouter "membre du Conseil Représentatif des Associations Blanches", de l' "Union des Organisations Catholiques de France", d'origine "teutonobrésiliennosuisse"...??? Et puis, je vais me mettre à militer pour obtenir plus de personnes en qui je puisse m'identifier dans le PAF : un blond, dans les 1M80/78 Kg, sportif mais seulement devant l'Equipe du Dimanche, hétérosexuel, séguiniste...
Là, si j'ajoute tout çà dans le profil, et si les personnes ne lisent pas ce post, on va me prendre pour un adhérent du FN ou un partisan de De Villiers.
En tout cas, encore un post interminable que peu de monde lira jusqu'au bout. Mais c'est bien là que réside tout le bénéfice du blog. Si on le lit, c'est bien qu'on l'a cherché...
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