Un deuxième post en moins de 24 Heures... Quand je vous disais en conclusion de mon précédent post qu'il fallait que j'aille consulter ... Hélas Freud est décédé. Je pense que je couve quelque chose de sévère.
Bon, pour ne rien vous cacher, c'est bien l'émission de ce soir sur France 2, "Un oeil sur la planète" (aurait-il piqué mon idée de noeunoeil sur le monde??) consacrée à la situation afghane qui m'oblige à réagir à chaud.
Le titre de l'émission était sans équivoque. Je ne sais si les rédacs chefs de l'émission l'ont fait exprès, mais cet intitulé nous renvoie à une époque bien sinistre de notre Histoire. Munich 1938. Capitale bavaroise où l'Europe a basculé pour la deuxième fois du 20° siècle dans un merdier sans nom.
A l'époque, on se demandait s'il fallait mourir pour Prague.
Le Président du Conseil Daladier, à la traîne derrière ce pleutre de Sir Neville Chamberlain, a "baissé le pantalon" de la France devant les exigence d'Hitler qui souhaitait récupérer le territoire des Sudètes, peuplé de germanophones, au détriment de la Tchécoslovaquie. Motif invoqué, la communauté germanophone aurait été victime d'un traitement digne de celui subi par les albanophones du Kosovo, de la part de la Serbie.
Pour ne pas aller seule contre l'Allemagne nazie, puisque la Grande Bretagne considérait que l'unité territoriale tchécoslovaque importait peu, la France a fini par envoyer un bien mauvais message aux autres puissances européennes. Certes, la Tchécoslovaquie n'ayant jamais existé avant le Traité de Versailles de 1919, et n'étant qu'une construction artificielle issue du dépeçage de l'Empire Austro-Hongrois et du Reich bismarckien, il n'y avait que peu de raison de verser à nouveau le sang pour maintenir une Allemagne dans des dimensions qui tenaient davantage du Diktat de 1919 que de la légitimité internationale.
Pourtant, il convient de rappeler que l'Italie mussolinienne, partageant certes une proximité idéologique avec l'Allemagne nazie, se considérait encore dans le camp des vainqueurs de 14/18 et donc comme une puissance opposée à la résurgence de la duplice, ayant rejoint depuis 1915 le camp de la triple entente composée de la Russie, la Grande Bretagne et de la France. Mussolini a su tirer les leçons de la promptitude des 2 plus importantes puissances de 1938 à se plier aux volontés d'Hitler. Pourtant à Stresa en 1935, il avait renouvelé son alliance aux côtés des Franco-Britanniques, avec un Traité qui garantissait l'intangibilité de ses frontières. Mais voyant le peu d'empressement de ses alliés à défendre la Tchécoslovaquie, Mussolini a commencé à douter de leur soutien en cas d'agression contre l'Italie.
L'Italie fasciste était déjà alliée à l'Allemagne nazie aux côtés des franquistes espagnols pour faire barrage aux communistes et par extensions aux républicains espagnols. Dès lors, Mussolini comprend qu'il doit changer de camp si il ne veut pas voir sa "toute récente" Italie (dont l'unité retrouvée remonte seulement au milieu du XIX°) se voir dépecée à son tour et voir ses provinces autrefois sous tutelle autrichienne quitter le giron italien.
Dans la foulée, l'Union soviétique stalinienne comprend que son impréparation (liée aux purges ordonnées par son "merveilleux" leader qui ont décapité l'industrie et la hiérarchie militaire de l'armée rouge... Il faut dire que Staline était plus occupé à se débarrasser de tous les trotskystes de l'appareil d'Etat) lui impose également de composer avec Hitler.
De 1938 naît donc le Pacte Germano-Soviétique qui s'accorde pour autoriser les divisions de cavalerie allemandes à s'entraîner dans les camps ukrainiens, loin des regards des observateurs de la Société Des Nations chargés de s'assurer que l'armée allemande respectait sa limitation à 100 000 hommes. Pacte qui prévoit également un partage en 2 de la Pologne qui décidémment n'est pas entourée des voisins les plus favorables à son existence.
L'Allemagne de 1938 n'était pas militairement en mesure d'imposer ses vues aux Français et aux Britanniques. Toutefois, Hitler a tenté et réussi un coup de poker, cherchant à mesurer la détermination de ses vainqueurs de 1918. Français et Britanniques auraient pu écraser l'armée allemande en 10 jours, vu sa faiblesse en armes lourdes, en aviation, en marine de guerre. Et ce en dépit du réarmement amorcé quelques années plus tôt. Dès le réarmement de la rhénanie en 1936.
Hitler a progressivement balayé toutes les clauses qui s'imposaient à l'Allemagne depuis la ratification du Traité de Versailles. A chaque fois, il fournissait pourtant une occasion légitime à la France pour rentrer en Guerre au motif d'une infraction aux clauses du Traité de Versailles. Réarmement de la marine, rétablissement du service militaire, réoccupation de la Sarre et de la Rhénanie, Anschluss, Munich, invasion de la Pologne.
A chaque fois, l'armée allemande aurait été incapable de faire face à 2 fronts simultanés. Ce n'est pas pour rien qu'Hitler attend 1941 pour déclencher Barbarossa et envahir l'URSS. Jusqu'à l'offensive des Ardennes de Mai 1940, si les politiques et les militaires français avaient pris la décision de passer à l'attaque contre Hitler, ce dernier aurait été obligé de renoncer à ses ambitions hégémoniques. (Pour mémoire, la guerre est déclarée en septembre 1939... Et les affrontements armés franco-allemands ne commencent réellement qu'en mai 1940)
Ironie de l'Histoire, un épisode de la Drôle de Guerre souligne l'incurie d'un Etat Major (composé de militaires ayant fait carrière dans le Train ou les Transmissions... bonjour les Warriors,!!!! N'en déplaisent aux héritiers du Général Gamelin). Au cours de l'offensive des Ardennes, les hiérarques allemands se sont plantés dans leurs calculs pour fournir l'approvisionnement en carburant nécessaire. Sur plusieurs dizaines de kilomètres de long et près de 10 m de large, la colonne principale des divisions blindées allemandes est restée bloquée pendant plus de 24H, faute de carburant pour poursuivre son avancée. Comble de la malchance, les avions de reconnaissance français n'ont jamais pu observer cette colonne qui aurait été une merveilleuse cible pour notre aviation (et nos blindés) avant que celle-ci ne soit anéantie par des avions plus nombreux, plus rapides. Merci à la météo....
Autre ironie, avec l'annexion des territoires sudètes, Hitler récupère aussi une bonne part de l'industrie lourde tchèque... Plus de charbon, plus d'acier et surtout davantage de moyens de production d'armements...
Encore une autre ironie, nan, là çà confine au cynisme... En 1940, 90% des engins de transport lourd de l'armée de terre allemande sont produits par Opel (déjà filiale de General Motors en Allemagne ) et par Ford... D'ailleurs, les soldats américains débarqués en 1944 seront surpris de voir en face d'eux des Allemands à bord de véhicules de conception et de marque américaine...
Mais revenons à nos moutons, pendant 5 ans, la France aurait pu, même seule, terrasser l'Allemagne nazie. Mais faute d'un réarmement consistant, et de dirigeants politiques et militaires valables, la France a gentiment attendu que l'Allemagne la dépasse en termes d'équipements lourds pour perdre derrière l'infranchissable (mais contournable en attaquant la neutre Belgique) Ligne Maginot. Fameuse ligne qui sera d'ailleurs la dernière à se rendre après l'armistice de juin 1940... même prise à revers. Comme quoi, elle n'était pas si nulle que nos profs d'Histoire ont voulu nous l'apprendre. Il aurait juste fallu qu'elle soit poursuivie jusqu'à la Manche, quitte à froisser la susceptibilité de nos amis belges.
Je sais bien que certains vont me reprocher ma succession d'uchronies. Je ne cherche pas à réécrire l'Histoire, mais j'aimerais tellement qu'on en retienne les précieux enseignements. Sinon, il ne fallait pas anéantir l'Autriche-Hongrie aux lendemains de la Grande Guerre. Jamais Hitler n'aurait annexé une Autriche encore forte, ni même une partie de son territoire d'avant 1914. On a voulu créer une ribambelle d'Etats au coeur de l'Europe Centrale. (Cf mon post sur le Kosovo et la Yougoslavie) sans se préoccuper de l'homogénéïté culturelle, territoriale, ethnique de ces nouvelles entités parfaitement hétérogènes. Il faurait fallu poursuivre le raisonnement jusqu'au bout.
Alors, certes, vous me direz que l'Histoire ne se répète jamais de la même façon. Hélas, elle a souvent fâcheusement tendance à bégayer. J'aurais donc tendance à dire "OUI, il aurait fallu mourir pour Prague"
Pour vous laisser deviner le ton général de la deuxième partie de mon post (à venir), je voudrais revenir sur ce bon "Daladier" ( Trop bon, trop....). Depuis l'avion qui le ramenait de Munich, Daladier vit une foule bruyante l'attendre sur le tarmac de l'aérodrome. Conscient de son manque de courage, de la probable erreur que son attentisme lui avait fait commettre. Il pensa un temps qu'il allait se faire lyncher par une foule furieuse de sa débandade. Puis lorsqu'il comprit que ce bon peuple était venu l'acclamait, il ne put retenir une interjection que la légende historique lui prête : "Ah les cons!"... (ils n'ont rien compris).
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