Les buts visés par la franc-maçonnerie sont certes louables. Toutefois, les moyens retenus pour y parvenir sont contestables.
Ordre initiatique à vocation philanthropique et philosphique, la Franc-Maçonnerie rassemble des individus qui ont pour ambition de servir la société en plaçant l'Humanisme au coeur de leurs préoccupations. Un Francmak se doit de "plancher" sur un sujet pour proposer des solutions, améliorations à des grands défis de la société.
Sur l'échiquier politique, les Franc-maçons se placent à l'opposé des courants "populistes". N'hésitant pas à soutenir des idées qui ne sont pas particulièrement partagées par la majorité afin de les faire passer dans l'opinion publique comme des réformes indispensables au "Progrès".
Alors, vous me direz, mais en quoi les Maçons te posent problème?
- Je ne compte pas mettre en avant les différents scandales ( de l'Affaire des Fiches aux scandales plus contemporains du Tribunal de Nice...) car je considère qu'il s'agit davantage de problèmes non spécifiques à la maçonnerie mais bien à la condition humaine.
- Je ne compte pas mettre en avant les motivations peu louables de certains maçons ( développer son carnet d'adresse, profiter du soutien d'autres frères maçons pour obtenir une promotion sociale ou en entreprise.) car là encore, elles ne sont pas liées à la maçonnerie mais à l'arrivisme qui ne motive pas seulement les maçons.
- Je ne fais pas de blocage sur l'anticléricalisme d'une large part des loges. Après tout, s'ils ne croient pas en un Dieu ou même en un Grand Architecte De l'Univers, c'est leur problème. Et puis, si certains veulent critiquer l'Eglise, vu que cette dernière le leur rend bien, çà ne me pose pas non plus de problème même si cela m'ennuie un peu plus quand mes amis maçons viennent me reprocher mon catholicisme, aussi léger soit-il...
- Je ne me braque pas sur le côté désuet des rites ni sur l'ésotérisme entouré d'une nuée de "secrets". Après tout, je vais m'efforcer de considérer cela comme un peu enfantin. Même si je ne suis pas fan du concept de "société secrète".
Mon gros blocage porte sur un des traits principaux de la Maçonnerie que peu de Maçons acceptent de reconnaître. Dans la mesure où ils entreprennent des "planches", des travaux de réflexion sur certaines questions de sociétés, on peut louer leurs efforts. Là rien à redire. Mais la nette volonté de voir leurs idées reconnues peut parfois les amener à pratiquer un lobbyisme qui n'est pas compatible avec la pratique de la démocratie en France car contraire à la fois à l'esprit "français" et à la Constitution.
Le manque de transparence est ici la cause de cette contradiction avec les principes français. L'aspect "groupe d'influence" renvoie à l'opacité de "pressions", "invitations" des élus à prendre des décisions qui favorisent les intérêts du dit groupe... Ce qui n'est pas réellement conforme avec la notion de l'intérêt collectif.
Or, nos amis maçons, en plus de faire porter des projets de loi directement par des frères déjà élus politiques, poussent le soin de ne pas toujours avancer de façon parfaitement transparente que ce soit auprès des pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires ou même vis-à-vis de la presse et des relais d'opinion. Et çà, çà me chiffone.
Le petit côté "nous, on est plus futés que les autres" a même tendance à sévèrement m'emmerder. Je ne cherche pas à nier, dans son intégralité, la qualité des travaux des maçons. Je pense simplement que de la même façon que des cons ont le droit de vote, dans l'ensemble de la population. Et bien des cons ont probablement réussi à se glisser dans les loges. Et l'entrisme des loges qui devrait leur permettre d'éviter les cons, grâce à la cooptation, signifierait que des cons ne se sont pas déjà introduits en maçonnerie et que la cooptation permet de démasquer ces fameux cons masqués...
J'ai du mal avec le concept d' "Elites éclairées" qui nous vient de nos amis du XVIII°. Meu non, pas du 18° arrondissement, pfff, mais du XVIII° siècle des Lumières. Ce n'est tout bonnement pas démocratique du tout. Ou bien, il faut revoir la légitimité du suffrage universel. A la limite, pourquoi pas. On passerait du Droit de Vote à une "Permis de Vote" où les citoyens accepteraient qu'on évalue leur compétence à voter. Au XIX°, on prenait les revenus comme référentiel. Le Suffrage Censitaire : un mec qui paie beaucoup d'impôts gagne plein de thunes. Si il gagne plein de thunes, c'est parce qu'il est plus malin, plus habile, plus intelligent. Donc, plus légitime à voter... Et puis, dans la mesure où il alimente le Trésor Public, il serait logique qu'il ait un droit de regard sur ce qu'il advient des fonds qu'il a versés par l'impôt, droit plus légitime que celui qui ne paie pas d'impôt... On n'est pas obligé de s'en tenir à cette méthode de sélection abandonnée depuis la III° République. Il en existe d'autres. On pourrait faire passer un examen aux futurs électeurs...
Bref, cela ne ressemble plus à une "Démocratie" dans le sens "pouvoir du peuple", "pouvoir de tous" mais on s'approcherait d'une forme d'"Aristocratie" ou "Oligarchie" en tant que pouvoir de quelques uns, certes évalués "capables de voter". Déjà que la notion de Nation (à ne pas confondre avec le Nationalisme ou le Patriotisme) a tendance à s'effacer avec l'émergence de courants régionalistes et la primauté des lois communautaires.... je pense que la Nation Française disparaîtrait complètement.
Pour en revenir aux Maçons, ces derniers ont hélas, pour cause de protection du secret ou au moins de la discrétion, tendance donc à ne pas avancer en pleine lumière mais bien davantage dans les cafés qui entourent le Palais Bourbon. En l'absence de débat public, leur intervention peut être critiqué. En tout cas, cela implique qu'un petit nombre d'individus, aussi brillants soient-ils, aient davantage de poids dans la prise de décision que l'ensemble de la population. Et çà, çà ne me va pas dans le cadre de l'esprit de nos principes constitutionnels. Que ces gens soumettent à un vote démocratique leurs idées au cours d'une campagne électorale et alors, je ne trouverai plus rien à redire. Mais si quelques maçons se font élire sur des thèmes sans rapport avec ce qu'ils ont l'intention de voter une fois élus au Parlement, alors, je ne peux pas être d'accord.
Je vais prendre deux exemples de pratiques politiques diamétralement opposées. Au moins, et Dieu sait pourtant que je n'ai rien d'un fan de "Tonton", François Mitterrand avait annoncé sa position sur la peine de mort lors de la campagne pour l'élection de 1981 à la Présidence de la République. Il a été élu, et il a fait passer la loi. Rien à redire. Si on prend le PACS, en revanche, l'idée maçonne (longtemps murie dans quelques loges influentes) n'a pas été soumise au vote des Français mais à celui du Parlement. Certes, il s'agit de l'émanation du peuple souverain, et notre parlement est parfaitement légitime pour incarner un vote souverain (cf les ratifications de traités internationaux). Mais sur un projet de loi aussi sensible, ses défenseurs auraient gagné en légitimité en avançant en toute transparence lors de la campagne législative de 1997.
Enfin, en quoi M. Xavier Bertrand a une attitude qui ne me plait pas. D'une part, son parcours maçonnique et politique particulièrement rapide semble surprenant quand on sait que l'avancement maçon est souvent lié à des critères d'ancienneté, et que l'accession à des responsabilités politiques est souvent liée à un engagement placé dans la durée. Durée qui permet l'évaluation de la fiabilité de la pratique de l'homme public concerné. Frère d'une loge plutôt située à gauche de l'échiquier politique, M. Bertrand ne manque certes pas d'habileté dans la conduite de négociations sociales et politiques. Pourtant, je ne peux m'empêcher de suspecter ce monsieur brillant d'avoir profiter du soutien d'autres frères pour connaître une accélération brutale de sa carrière de responsable politique. Et là, çà me gêne. Parce qu'il sort tout de même de nulle part et en un rien de temps... J'aime bien évaluer les gens sur la durée. D'une part, cela permet de mesurer leur versatilité/constance... D'autre part, cela permet de mieux savoir ce qu'ils pensent, plutôt que ce qu'ils disent... Car parfois, il y a une légère différence.
Alors, amis maçons (je parle des bons hein, pas de ceux qui deviennent maçons comme ils adhéreraient au Rotary Club de Cuques les Bains, pour bénéficier de "réseaux"), essayez d'avancer vers davantage de transparence. Quittez donc vos habitudes de "groupe d'influence" secret sinon discret pour agir en pleine lumière et défendre vos idées face au grand public plutôt que de penser que la masse n'est pas capable de vous comprendre. Ou alors, reconnaissez une bonne fois pour toute que vous n'êtes pas réellement des Démocrates.
Ainsi, vous échapperiez à cette image de société secrète qui véhicule bon nombre de fantasmes de complots, au sujet de trafics d'influence entre "Trois points". Car hélas, parfois, ces fantasmes se transforment en sinistres réalités. Ce n'est pas le Procureur de Montgolfier qui me contredira sur les pratiques "troublantes" observées au tribunal de Nice. Ainsi, cette image de "templiers" des temps modernes ne vous collerait plus aux basques et vous pourriez bien mieux défendre les principes humanistes qui vous habitent.
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