mardi 26 février 2008

PART II : Pourquoi il faut mourir pour Kaboul?

Pour en revenir à mon interrogation : Faut-il mourrir pour Kaboul? L'Afghanistan n'est pas à proprement parlé un Etat-Nation mais un Etat artificiellement créé par la Question d'Orient et l'affrontement britannico-russe du début du XX° siècle dans cette région du monde. Entre une Russie à la recherche d'un accès aux mers chaudes et à des ports pratiquables tout au long de l'année, autres que ceux verrouillables de Petrograd, Mourmansk ou encore d'Odessa. Et un Empire Britannique qui aurait aimé s'étendre à l'Ouest de ses Indes... Le clash fut d'abord violent avant de finalement enterriner des positions "gelées", afin de sceller la Triple Entente contre la Triplice Italo-allemano-austrohongroise....

Près de 20 ethnies différentes (avec des Pachtounes majoritaires) sont rassemblées sur une terre inhospitalière. Et ces ethnies ne se fédèrent jamais en l'absence d'un ennemi commun et extérieur à la Région. Les Russes, les Britanniques, puis les Soviétiques avaient payé pour voir. Désormais la coalition menée par l'Amérique et l'OTAN évalue à son tour la merde que représente un engagement dans un pays/bourbier pareil.

Bon, je vais me contenter d'une seule uchronie. Pour venger les Twin Towers, les Américains et leurs alliés eurent été bien inspirés de se contenter d'envoyer des forces spéciales pour capturer ou liquider les leaders d'Al-Qaïda. Car là, déclencher une guerre massive et conventionnelle dans un pays inextriquable... faut être con tout de même. Alors bien sûr, les Talibans soutenaient Al-Qaïda qui en retour trouvait en Afghanistant une terre d'asile et d'entrâinement en échange de $$$ sonnants et trébuchants offerts par M. Ben Laden et le Mollah Omar.

Pourtant, déclencher une guerre classique allait obligatoirement exiger de nombreux fantassins pour occuper le territoire et tenter d'endiguer un éventuel (probable) retour de Talibans aux affaires... Finalement, les patrons d'AlQaïda ont réussi à rejoindre les zones tribales du Pakistan voisin et allié de l'Amérique. Ce qui atteste de l'incurie des chefs politiques et militaires américains qui n'ont pas su en 7 ans triompher d'un petit groupe de gagas du Coran.

Désormais, seule la population civile subit tous les inconvénients de l'intervention pendant que Ben Laden savoure son Chivas Regal peinard, à l'abri au Pakistan. Les civiles afghans subissent la vendette talibane qui leur reproche une trop grande hospitalité à l'égard des chiens d'infidèles croisés. Et dans le même temps, la somme des tracas quotidiens de forces d'occupation rendues parano à cause des attentats suicides et autres dispositifs explosifs improvisés : check points, fouilles avec palpation, coups de feu de sommation, dégâts collatéraux, destructions de l'artisanat traditionnel, de l'agriculture alimentaire au profit de la culture du pavot (plus rentable pour les chefs de guerre qui ont cruellement besoin de devises pour alimenter leurs Kalachs en projectiles...).

Je me demande tout de même où Ben Laden continue de trouver des fonds pour payer des soldats talibans 3 fois la solde qu'ils percevraient s'ils étaient des réguliers de l'armée afghane??? Pour payer leurs munitions, les instructeurs, etc... Je n'en reviens pas que, 7 ans après le 11 septembre, les limiers du FBI n'aient pas encore réussi à couper le robinet financier de Ben Laden avec des blocages de ses comptes... Ou alors, Ben Laden continuerait de recevoir une aide de quelques uns de ses amis saoudiens. Mais alors là, chuuuuuut.

Passons.

La merde est là. Et on ne peut pas faire comme si elle n'existait pas en pliant les gaules et en rapatriant nos forces dans leurs pays d'origine. Il faudra donc rester assez longtemps pour permettre aux Afghans de disposer d'un vrai Etat avec l'administration, la police, la justice et l'armée que doivent avoir tout Etat moderne. Vu l'ambiance de corruption généralisée, de détournement de l'aide internationale à la reconstruction, cela risque d'être beaucoup plus long que prévu.
En tout cas, nous risquons de devoir gérer la contagion liée à l'exode massif des Talibans dans les zones tribales du Pakistan limitrophe. Car, pour ne rien arranger à la situation pourrie en Afghanistan, nous ne devons pas perdre de vue que le Pakistan est une puissance nucléaire. Et qu'il serait embarrassant de laisser des fondamentalistes musulmans s'emparer du pouvoir et de l'arsenal nucléaire pakistanais.

Quand on évalue le succès de l'intervention en Irak, intervention inadmissible et faussement justifié par des programmes d'armements de destruction massives (ADM) inexistants, et d'irréalistes liens entre un odieux dictateur sanguinaire (Saddam H.) et Ben Laden, force est de constater qu'on est au-delà de la notion de désastre. Encore un pays artificiel né de la solution de la Question d'Orient composé d'une mosaïque de peuples, religions, et cultures. Et encore une explosion en vol. Je serais curieux de voir comment les Irakiens vont s'en sortir. Sunnites face à Chi'ites, arabes face à kurdes... L'Etat irakien n'est plus qu'une vue de l'Esprit. Et là encore, les humiliations quotidiennes, l'incapacité des occidentaux à reconstruire un pays qu'ils ont anéanti en moins d'un mois, vont rendre la tâche complètement délirante.

Pour le moment, et je pense un long moment, la France ne s'est pas fourvoyée dans une intervention hors tout mandat des Nations Unies en Irak. Mais elle est embourbée en Afghanistan et devra tenir ses engagements pour aider à la (re)construcion de ce pays qui depuis le départ des Talibans est redevenu le premier producteur d'Opium au monde (93% de la production mondiale) et de sa déclinaison pour toxicos occidentaux : l'Héro.

13 de nos compatriotes ont perdu la vie dans ce combat "ingagnable" pour des forces conventionnelles. Il faut impérativement permettre aux Afghans de gérer eux-mêmes l'ordre et l'administration de leur pays. Et pour le moment, l'opinion publique, à qui on répète le moins souvent possible que nous sommes engagés aux côtés de nos alliés américains, n'a pas encore montré de résistance à cette présence militaire coûteuses en devises et en vies humaines. Il faut dire que la professionalisation de l'armée aura certes condamné le brassage dû au service militaire, mais a tout de même le mérite de présenter l'incroyable avantage de n'engager que des militaires de carrière qui, à tort, sont considérés par le pékin français comme de la Chair à Canons : "Ils sont payés pour çà!!!"

Pas vraiment payés pour mourir mais pour défendre les intérêts de la France. La lutte contre le terrorisme ne trouvera la victoire effective que dans l'adhésion massive de la population à un projet visant à la débarrasser de ses oppresseurs talibans. Et la coalition aura besoin du savoir-faire de nos militaires en matière d'opérations psychologiques afin de gagner la confiance de la rue afghane. Plus habiles que les GI standards, plus cowboys paranos que fins psychologues... Les Français risquent de devoir se redéployer dans la zone Sud qui regroupe la grande majorité des combats contre les Etudiants en religion.

Alors oui, il faut continuer d'envoyer nos compatriotes au casse-pipe. Sans mépriser leur sort ni les condamner à mourir. Mais hélas, nous devons envisager qu'un tel déploiement ne se fera pas sans victimes françaises. Nous ne pouvons pourtant pas nous permettre de partir en laissant l'Afghanistan au bord du chaos sans craindre un embrasement généralisé à l'ensemble de la région. Nous devons donc donner à nos forces armées tous les moyens possibles pour éviter un éventuele syndrôme indochinois. La défaite est possible mais elle n'est pas tolérable. Nous dessinons actuellement l'avenir d'une paix globale pour tout le XXI° siècle qui ne pourra se permettre le luxe de compter des poches de soutien au terrorisme. L'échec est interdit.

Idéalement, il faudrait également que cette occupation ne génère pas trop de nouveaux combattants de la guerre sainte contre les croisés modernes. Nous devons espérer que les réformes stratégiques permettrons de limiter les frustrations individuelles, les besoins de vengeance de civils n'ayant pas admis la mort de proches ou la paralysie du pays.

Ne m'en voulez pas trop d'attendre la naissance du premier "mouton à 5 pattes" que représenterait une issue positive à cette guerre pourrie. Après la réelection annoncée de Delanoë, une défaite occidentale à Kaboul marquerait vraiment 2008 sous un jour particulièrement négatif. Et nous aurions alors un "nouveau Munich" largement aussi désastreux pour le siècle à peine entamé que celui de 1938.

Sur ce, mes petits lecteurs (parisiens pour leur majorité), je vais aller faire reposer les yeux.

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