mardi 19 février 2008

Kosovo libre? A quand la dislocation de l'ensemble des Nations Européennes.

Voilà, depuis ce week-end, l'Europe compte un nouveau pays indépendant et désormais reconnu par une large majorité d'Etats de l'Union.
Permettez-moi de ne pas me réjouir mais bien au contraire de me désoler de l'inconsistance de la grande majorité des gouvernements "occidentaux". Faut-il tout de même que les Chancelleries européennes et nord-américaines manquent de la plus élémentaire culture historique pour se commettre dans une telle reconnaissance !!!

Vous me direz, venant de Georges Doubliou, ce n'est pas étonnant. Un Président américain qui n'avait pas mis les pieds en dehors du sol national, à plus de 50 ans, jusqu'à son élection... On comprend mieux le type d'analphabète qui se profile derrière.
Alors, ne vous méprenez pas, il ne s'agit pas pour moi de défendre les exactions serbes des années 90 dans la province à majorité albanophone de Serbie. Ni même de me faire le chantre de la grande Serbie. Toutefois, il faut être un inculte pour ne jamais avoir entendu parler de la "Bataille du Champ des Merles" autrement appelée la Bataille de "Kosovo Polje" en 1389.
Pour resituer le contexte... Devant un Empire Byzantin déliquescent, résidu du vieil Empire Romain, les troupes Ottomanes musulmanes envisagent de couper Byzance/Constantinople du reste de l'Europe chrétienne pour étouffer la capitale. Les armées slaves à majorité serbe sont défaites par la cavalerie ottomane. Jusqu'au XIX° siècle et la révolte serbe contemporaine de la révolution grecque, la Serbie souveraine disparaît pour devenir un despotat sous suzeraineté ottomane.
Cette bataille de Kosovo Polje, qui comme son nom l'indique, ne se déroule pas en Banlieue parisienne mais bien au Kosovo deviendra le symbole d'un Etat renaissant au XIX° siècle pour bouter hors de Serbie des Turcs envahissants. Il s'agit donc d'un événement fondateur, fédérateur. Un de ces symboles de commémoration collective d'une identité qui entend se libérer du joug d'un occupant illégitime et qui n'a pas été accueilli à bras ouvert.

De plus, cette nouvelle indépendance acquise au prix de nombreux efforts s'est faite contre les Turcs et contre l'Empire Austro-Hongrois. Opposition qui atteint son point culminant avec l'assassinat de l'Archiduc François Ferdinand à Sarajevo en 1914. Et la joyeuse partie de polochons des grandes nations européennes commençait... "Nous autres, civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles" dira Paul Valéry à propos de cette lutte fratricide.
De la Voïvodine au Kosovo, la Serbie s'est construite dans un environnement hostile. Qu'on aime ou non Tito, qu'on méprise ou non les communistes. On ne peut pas dire que l'Histoire contemporaine de la Serbie soit l'illustration d'une paix tranquille. Au coeur de la "poudrière des balkans", les Serbes se sont construits un petit Etat.

Désormais, si le Kosovo obtient réellement son indépendance, au mépris des injonctions serbes, des indignations russe, chinoise, espagnole, chypriote, grecque... Il faut comprendre l'importance réelle et symbolique d'une telle amputation pour la Serbie.

On peut certes mettre en avant le principe d'autodétermination des peuples pour légitimer cette indépendance. Cependant, la population albanophone du Kosovo apparaît aux yeux des Serbes comme le résultat d'une expansion démographique d'une communauté étrangère qui a su devenir majoritaire grâce à une fécondité féminine bien supérieure à celle des serbophones.
Mais comme la Bosnie, qui n'était pas une entité "ethniquement et culturellement" homogène mais une entité administrative au sein de la Yougoslavie fédérale, le Kosovo a pu capitaliser sur les monstruosités de la politique panserbe et extrémiste pour pointer du doigt l'enfer quotidien vécu par les musulmans. Victimes, les "Albanais du Kosovo" ont pu mobiliser la communauté internationale pour exiger leur autonomie. Autonomie dont tout le monde savait très bien que l'ultime vocation serait la création d'un Etat du Kosovo.
Alors, pour faire une analogie intelligible par tous les Français, imaginez que la Champagne (Reims étant sa capitale), avec tout le poids historique qu'elle véhicule en France, soit peuplée d'une communauté étrangère qui en 3 générations passe du rang de groupe minoritaire à population majoritaire. Imaginez que cette communauté ne partage pas l'héritage judéo-chrétien de Français devenus minoritaires, ne partage pas une langue latine, et qu'elle demande soudain son indépendance.

Comment la France Une et Indivisible telle que définie dans le premier article de notre constitution réagirait? Sans doute moins mal qu'avec la perte de l'Alsace Lorraine suite à la défaite de 1870, car, somme toute, le principe de Nation Française s'est progressivement dissous dans le régionalisme prôné par l'Union Européenne.

Mais je ne pense pas non plus que la France s'enthousiasme d'un Etat de fait qui s'appuierait sur la seule légitimité du principe d'autodétermination des peuples. Cela peut être admis avec un mouvement de décolonisation... même avec difficultés comme le douloureux départ des 3 départements français d'Algérie. Mais pour un élément central du territoire français, je ne pense pas que nos compatriotes seraient d'accord.

Parfois, les Français sont lassés des humeurs de certains courants autonomistes. Comme nos amis nationalistes corses, qui se complaisent de recevoir les subsides nationales pour la continuité territoriale, mais réclament simultanément de gérer un "Etat Corse" parfaitement non viable économiquement. Alors, parfois, certains sondages sont prêts à donner la Corse aux Corses. Quand bien même les indépendantistes ne pèsent pas plus de 20% de la population de l'Ile de Beauté, certains Français seraient soulagés de ne plus avoir à financer des insulaires qui, en dehors du Tourisme et de la production de 3 saucissons d'ânes, 2 fromages de chèvre, ne produit absolument aucune richesse susceptible de lui rapporter des devises. Mais la Corse ou la Nouvelle Calédonie ne sont pas la Champagne ou la Région de la Loire.


Alors, je n'ai jamais été un grand Fan du très onusien Docteur Kouchner. Administrateur du Kosovo après l'intervention de l'OTAN, ce dernier a une conception toute particulière de la politique étrangère de la France. Très atlantiste, pas farouchement opposé à une éventuelle intervention de la France en Irak aux côtés des Américains, plutôt mal vu par nos partenaires arabes. Kouchner peut se réjouir à titre personnel de cette nouvelle indépendance d'un Etat au sein de l'Europe.

Pourtant, en dehors de Kouchner, nous ne devrions pas, si nous ne sommes pas franchement favorables à un morcellement progressif et successif de l'Europe, nous féliciter de voir le Kosovo devenir libre.
Enfin, qu'adviendra-t-il de la communauté de kosovars serbophones? Va-t-on poursuivre la logique qui met en avant le désormais sacrosaint principe d'autodétermination au détriment de la souveraineté d'un Etat membre de l'ONU? Si oui, il faudra alors admettre que les Serbophones exigent à leur tour une indépendance au sein du Kosovo. Car, donner l'ensemble d'une région administrative à une seule des deux communautés du Kosovo est foncièrement inéquitable si elle ne s'accompagne pas des mêmes droits pour tous.

Il en est de même pour les Serbes et les Croates de Bosnie. Il faudra alors leur donner la même possibilité, tout comme aux serbes de Krajina.

Décidémment, après 2 siècles d'explosions successives, la "poudrière des Balkans" n'est pas prête à être désamorcée.

Aucun commentaire: